Amiral Platon

Engagement dans la Royal Navy

en uniforme de la Royal Navy Après l'évacuation de Dunkerque une demande d'armistice est élaborée par le Président du Conseil Paul Reynaud. Un accord existe entre la France et la Grande-Bretagne qui proscrit toute négociation de paix séparée. Dans ce cadre le gouvernement britannique accepte que la France fasse les démarches pour connaître les conditions d'un armistice, mais à condition que la flotte française soit dirigée vers les ports anglais. Nous sommes le 16 juin. Peu après Paul Reynaud démissionne et le maréchal Pétain est invité à former un nouveau gouvernement. Il est clair que la demande d'armistice sera faite. Le 17 juin de Gaulle s'envole pour l'Angleterre. De Gaulle veut continuer la lutte et il sera pour cela fermement soutenu par Churchill... du moins pendant quelques mois ! Le 18 juin à 18h de Gaulle prononce à la BBC un discours. Il appelle les français à continuer le combat et à le rejoindre. Mais aucun politicien connu ne le rejoint. L'armistice est signée entre l'Allemagne et la France le 22 juin. le 27 juin Churchill va reconnaître le mouvement du général de Gaulle malgré l'hostilité des militaires britanniques et de Lord Halifax. Il déclarera à de Gaulle : "Vous êtes tout seul, eh bien je vous reconnais tout seul". De Gaulle commencera avec ses compagnons à parcourir les camps de St Alban, Trentham Park, Aintree, Haydock pour recruter des soldats français qui attendent d'être rapatriés. A la fin juillet 7000 hommes ont rejoint la France Libre.

Le 30 juin l'Amiral Muselier atterrit en Angleterre. C'est lui qui sera l'organisateur des Forces Navales Françaises Libre.

1- récit Henri Sclaminec (engagement dans la Royal Navy)

Hight Street Hythe
Carte postale achetée en juillet 1940 et représentant Hight Street à Hythe (près de Southampton). Au fond l'hôtel Drummond Arms et à droite l'enseigne du pub The Lord Nelson. J'y passerai quelques jours (à Hythe, pas dans le pub !) avant de m'engager dans la Royal Navy avec quelques marins des VTB.

Les vedettes rapides s'étaient retrouvées à Hythe près de Southampton en juin 1940. C'est de là que nous nous sommes rendus à la base de Porthmouth, mi-juillet 1940, pour nous engager dans la Royal Navy.

Quelque part sur la côte anglaise, été 1940 (Henri : 1er à droite): trois "traîtres"

"On m’a, après la fin de la guerre, demandé pourquoi je m’étais engagé dans la Royal Navy à ce moment-là : les raisons d’un choix sont toujours complexes mais dans mon cas la perspective d'être sous la domination des nazis était une raison et à elle seule suffisante. Une Europe et en particulier une France sous la botte allemande était pour moi tout simplement inacceptable. Ensuite que les circonstances aient favorisé ce choix car j’étais déjà en Angleterre est évident. Nous avons été prévenus des conséquences éventuelles de notre engagement dans la Royal Navy. Nous savions donc que si nous étions faits prisonnier sous l’uniforme britannique, nous risquions d’être accusés de trahison. C'est pourquoi on nous avait demandé de changer de nom pour minimiser ce risque, sachant que passer pour un sujet de Sa Majesté alors qu'on ne parle pratiquement pas l'anglais était quand même peu vraisemblable.
Si on était fait prisonnier les risques étaient évidents, il suffit d’avoir jeté un œil sur le Code de Justice Maritime  pour savoir ce que signifie trahison ou désertion en temps de guerre."(Henri Sclaminec)

2-Code de Justice maritime :

Le Code de Justice Maritime régit la justice militaire dans la Marine. Au moment de la guerre c’est le Code de Justice Maritime du 13 janvier 1938 qui est en vigueur.
Si on se penche sur les articles qui traitent du cas de marins signant un engagement dans un pays étranger on peut trouver entre autres l'article 313 :

Est déclaré déserteur à l’étranger :
 …alinéa 2 : Tout individu [tout marin faisant parti d’un bâtiment de l’Etat] … qui prend du service sur un navire étranger ou dans une troupe étrangère, ou qui est trouvé à bord d’un bâtiment étranger sans une permission ou un motif légitime.

Les peines sont les suivantes :

  1. La désertion à l’étranger en temps de guerre : travaux publics de 5 à 10 ans
  2. La désertion à l’ennemi : mort avec dégradation militaire
  3. La trahison :  mort avec dégradation militaire

 

En France sous le gouvernement de Vichy, le 2 août 1940 le général de Gaulle sera condamné à mort par contumace avec dégradation militaire et confiscation de ses biens, sous l’inculpation de trahison, attentat à la sûreté extérieure et désertion à l’étranger en temps de guerre :

1- Le Figaro Source: gallica.bnf.fr

Le Figaro

2- La Croix Source: gallica.bnf.fr

La Croix

3- le Figaro, Source: gallica.bnf.fr

Le Figaro

Retranscription des articles

Le Figaro du 3 août 1940

LE GÉNÉRAL DE GAULLE condamné à mort à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens. Déféré devant le tribunal militaire permanent de la 13e région pour des faits postérieurs à ceux qui avaient motivé une première poursuite, l'ex-général de Gaulle a été jugé par contumace à l'audience du 2 août. Le tribunal militaire, stigmatisant la propagande criminelle faite par de Gaulle à la radio anglaise, a retenu contre lui les intelligences avec une puissance étrangère en vue de favoriser ses entreprises contre la France, la provocation de militaires à passer au service d'une puissance étrangère et les agissements susceptibles d'exposer les Français à des représailles. Il a retenu en outre la désertion à l'étranger en temps de guerre. Pour l'ensemble de ces agissements de nature à porter le plus grave préjudice à la France, de Gaulle a été condamné à la peine de mort avec dégradation militaire. La confiscation de ses biens a été prononcée.

La Croix du 4 août 1940

Le général de Gaulle est condamné à mort par contumace Clermont-Ferrand. — Le tribunal militaire de la 13e région, présidé par le général Frère, a condamné, vendredi matin, par contumace, à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens, le général de Gaulle, sous l'Inculpation de trahison, attentat à la sûreté extérieure de l'Etat et désertion à l'étranger en temps de guerre. Le siège du commissaire du gouvernement était occupé par le colonel Desgacbe. Le jugement condamnant à mort le général de Gaulle a été rendu en vertu des articles 75 et 79 du Code pénal, et 105 du Code de justice militaire.

Le Figaro du 25 octobre 1940

L'ex-amiral Muselier a été condamné à mort. Toulon, 24 octobre. — Le Tribunal maritime de Toulon a condamné aujourd'hui, par contumace, à mort et à la dégradation militaire l'ex-amiral Muselier et les capitaines au long cours Cannebotin et Vuillemin. L'enseigne de vaisseau de réserve Paranthoen, a été condamné à 20 ans de travaux forcés, sans interdiction de séjour et à la dégradation militaire. Les chefs d'accusation étaient : atteinte à la sûreté de l'Etat, provocations à la désertion et à la désobéissance.

Deux liens vers le site de la France Libre parlant de la répression des français libres

Du côté de Vichy, la loi du 27 juillet 1940 parue dans le Journal officiel de la République française (n° 185, 29 juillet 1940 p. 4589) étend les dispositions de l'article 75 du Code pénal (articles 1 et 2) :


La loi du 27 juillet 1940 stipule :
« Tout Français qui livre à l'étranger des armes, des munitions ou du matériel de guerre, tout Français qui prend, ou conserve du service dans une armée étrangère, tombe sous le coup du 4e paragraphe de l'article 75 du Code pénal, et de ce fait est déclaré coupable de trahison et puni de mort. »

Dans les conventions de l’armistice il est prévu une clause interdisant aux militaires français de combattre aux côté des alliées et autorisant les allemands et les italiens à considérer ces combattants comme des francs-tireurs. Etre pris comme franc-tireur signifie que l'on peut être exécuté sans jugement.
Devant la menace que font peser sur ses hommes les dispositions des armistices franco-allemand et franco-italien, l'amiral Muselier, commandant des Forces Navales Françaises Libres et commandant provisoire des Forces Aériennes Françaises Libres, fait savoir que, si l'ennemi les traite en francs-tireurs, il fera pendre deux Allemands ou trois Italiens pour un Français Libre fusillé (voir « Sous le signe de la croix de Lorraine »). Pourquoi "deux allemands ou trois italiens", je n'en sais rien.


"Il nous était également déconseillé d’essayer de donner des nouvelles à nos familles en France pour éviter d’éventuelles représailles par le gouvernement de Vichy. J’allais m’y tenir jusqu’en juillet 1943. C’est la raison pour laquelle ma famille, pendant 3 ans, m’a cru disparu corps et biens.
L’autre possibilité donnée par les britanniques était d’être rapatriés. Beaucoup allaient choisir cette solution pour des tas de raisons dont certaines parfaitement compréhensibles comme ne pas vouloir laisser sa famille affronter seule les conséquences de l’occupation allemande, ne pas soumettre sa famille à des représailles… etc.
Il est un fait que nous n’avons pas été très nombreux à vouloir rester et continuer le combat. Il faut aussi savoir qu’à ce moment-là bien malin celui qui pouvait dire comment allait tourner le conflit. Les allemands pouvaient envahir la Grande-Bretagne dans les semaines ou les mois à venir ou encore l'Angleterre pouvait finalement négocier avec l'Allemagne. Nous n’avions bien sûr pas le recul d’aujourd’hui sur les évènements. Depuis l'Histoire a tranché mais à l'époque ..."(Henri Sclaminec)

En France dans l'armée le défaitisme était trop souvent la règle. Le général Weygand qui succédait au général Gamelin avait donné son avis sur le sujet par une formule lapidaire : «Dans trois semaines l’Angleterre aura le cou tordu comme un poulet ». C’est dire si beaucoup pensaient que l’Angleterre allait être envahie rapidement.

Extrait de l'ouvrage "Les déserts de l'action" (1946) de Pierre Olivier Lapie traitant des raisons du choix de rester en Angleterre après l'armistice :

"Dans la décision de rester avec de Gaulle, après la signature de l'armistice par Pétain, il y avait une initiative, un risque, une folie, une rupture. Or la plupart demeuraient attachés à "ce qui se fait". C'est une résistance au milieu qui compte au crédit de l'homme et qui en fait un être dépassant la matière ; tandis que ceux qui se laissaient aller selon leur pente, en descendant, ne vont qu'à la facilité. Or, il était plus facile de dire : "discipline à Pétain, retour au sol de la patrie, rentrée au bercail familial", que de prononcer la rupture. Tous ceux alors qui étaient appuyés sur des préjugés mondains, sociaux ou militaires, (qui formaient le cadre de vie de la plupart), les sentant crouler, s'étaient effondrés avec eux. Alors, ils étaient rentrés d'Angleterre en France. Les autres, ceux qui pensaient par eux-mêmes, ou qui s'appuyaient sur les fondements moraux, et non sur des préjugés sociaux, sont restés."

"Je me suis donc engagé dans la Royal Navy le 15 juillet 1940. Je me suis retrouvé peu de temps après à Bristol puis sur l'île de Wight affecté aux Chasseurs de sous-marins. Une des craintes de l'état-major britannique était qu'un débarquement ne survienne. Il s'agissait donc de patrouiller pour éventuellement donner l'alerte si on détectait un évènement anormal. Nous participions à des patrouilles de nuit par des temps impossibles; c'était physiquement éprouvant. (Henri Sclaminec)

Engagement dans la Royal Navy, Bristol
été 1940 à Bristol(?) je suis debout le deuxième par la droite.
Engagement dans la Royal Navy
été 1940; je suis au milieu au fond, en compagnie des secrétaires de l'Amirauté
Engagement dans la Royal Navy
été 1940; je suis à gauche en compagnie des secrétaires de l'Amirauté

Engagement dans les FNFL

Acte d'engagement dans les FFL

C'est en fin d'année 1940, le 10 décembre, alors que les chasseurs étaient rétrocédés aux FNFL, que j'ai rejoint ceux-ci, d'abord sur le Courbet qui était un dépot des équipages en rade de Portsmouth puis sur le Chasseur 10 Bayonne. En février 1941 je me retrouverai à Cowes sur l'Ile de Wight.

Je signerai effectivement mon engagement un peu plus tard le 23 mars 1941, comme on peut le voir sur le document ci-contre. Le document est signé par le commissaire de la Marine Roland Châtenet et les témoins Max Ibarlucia, commandant du Chasseur 10 et Francis Hollande matelot sur ce même Chasseur.