Royal Navy

les Forces Navales Françaises Libres

Les FNFL juin 40-décembre 40

L’histoire des FNFL a été décrite dans maints ouvrages comme l’"historique des FNFL" et a été complexe. Je me contenterai d’en faire un résumé.

On aurait pu imaginer que l'histoire de la France Libre aurait consisté en un départ du général de Gaulle vers l'Angleterre en juin 1940 suivi d'une reconnaissance des britanniques, que par la suite des ralliements se seraient fait pour former une armée qui aurait lutté la main dans la main avec les britanniques puis les américains contre un ennemi commun, le nazisme. Ce ne fut pas réellement le cas et l'histoire de la France Libre a été durant ce conflit, chaotique et traversé de crises graves qui auraient parfois pu entraîner une rupture définitive avec la Grande-Bretagne. Pour ce qui est du rapport avec les américains les choses sont encore plus tranchées, Roosevelt considérant, surtout après l'épisode de Dakar, que l'interlocuteur privilégié concernant la France devait être le gouvernement qu'avait constitué le Maréchal Pétain. Les crises internes au mouvement de la France Libre n'étaient pas les moindres. Ceci dit ces crises touchaient un niveau hiérarchique qui était bien loin des préoccupations des marins et de la vie de tous les jours. Heureusement les opinions publiques britanniques et américaines iront en faveur du mouvement gaulliste.

Mais revenons à la création des FNFL qui était la branche Marine du mouvement de la France Libre. L’évacuation de Dunkerque s’était terminée début juin, le Maréchal Pétain avait formé un gouvernement qui avait demandé l’armistice, armistice signé le 22 juin. Entre temps de Gaulle avait depuis Londres le 18 juin lancé son appel à continuer le combat. Depuis Gibraltar le contre-amiral Muselier s’était envolé pour l’Angleterre où il est invité par le premier Sea Lord, l’amiral Pound, à prendre contact avec le Général de Gaulle reconnu par le gouvernement britannique peu de temps auparavant comme chef des français libres. La première rencontre entre les deux hommes laissera à l’amiral une impression désagréable qui laissait augurer de ce que seront leurs relations dans les mois qui allaient suivre. Voici comment Muselier décrit le Général de Gaulle dans ses mémoires. Il faut se rappeler que ces mémoires sont par définition écrites après coup et que peut-être ce jugement aurait été plus modéré si tout s'était bien passé :

« …Je fus frappé immédiatement par le physique de l'homme :  de très haute taille, avec une petite tête disproportionnée, le front trop bas ; ses yeux petits et gris ne soutiennent pas vraiment le regard et se détournent toujours avant de répondre aux questions précises …l’impression physique première n’a pas été bonne … ».

Après cette réunion et en dépit d'un premier contact assez froid, le vice-Amiral Muselier est nommé au commandement des forces maritimes françaises(FNFL) et provisoirement des forces aériennes libres(FAFL). Il faut dire qu’aucun officier de haut rang n’avait, avant Muselier, rejoint les Français Libres. Le premier officier de haut rang à lui être affecté fut le Capitaine de corvette Thierry d’Argenlieu. D’Argenlieu connaissait Muselier d’avant la première guerre mondiale et il se rappelait que Muselier avait la réputation d’avoir une conception de la discipline originale et aussi une vie privée présentant, selon ses critères, un certain laisser-aller. Par ailleurs Muselier apparaissait intelligent, doté d’une mémoire exceptionnelle ainsi que d’un vrai courage. Ils commencèrent à travailler ensemble pour créer les bases des Forces Navales Françaises Libres. Mais d’Argenlieu avait un caractère à l’opposé de celui de Muselier si bien qu’il sollicita le poste d’aumônier des FNFL au moins temporairement pour éviter des confrontations. Il en profitera pour visiter les camps où s’entassaient les officiers et marins français : Haydock Park, un champ de course, puis Arrow Park, Aintree champ de course de Liverpool, la base FNFL créée à Liverpool, le Courbet qui était un dépôt flottant à Portsmouth. Dans ses mémoires, parlant de ses relations avec Muselier, il indiquera qu’il ne pouvait pas travailler avec une personne aussi imaginative, aussi ondoyante. Au-delà de ces défauts il lui reconnaissait des qualités relationnelles indéniables : aimable, gracieux, courtois, bienveillant, serviable, sans rancune (p98). Muselier va donc continuer à mettre en place l’organisation nécessaire au fonctionnement d’une marine, il faut que l’intendance suive, services de santé, financiers, approvisionnements. Il y mettra toute son énergie et son enthousiasme. La création de cette marine à partir de si peu est à mettre en grande partie à son crédit. C’est lui qui créera le pavillon à Croix de Lorraine dès début juillet. En juillet les recrutements dans les FNFL se feront par vagues successives, une première vague d’environ 700 personnes composées moitié de personnels de la Marine et moitié de civils. Puis après l’opération Catapult, c’est-à-dire la saisie des bâtiments français dans les ports britanniques début juillet, environ 1150 personnes venant de la marine dont 700 rejoindront la Royal Navy. La majorité du personnel de la marine choisit le retour en France soit plus de 10 000 personnes. Sur cette année 1940 on peut résumer les ralliements à :

  • 1600 marins d’actives ou de réserve (+700 qui rejoindront la Royal Navy)
  • 104 venant des 700 de la RN
  • 579 civils
  • 1026 venant de la marine marchande

(source : historique des FNFL)

Soit un total de 3309 personnes. L’EM des FNFL en Novembre 40 est composé de 77 personnes. A ce moment-là beaucoup de compétences sont encore entre les mains des britanniques (équipements, approvisionnements, direction des opérations). Dans ses mémoires l’amiral Muselier rendra hommage à ceux qui ont largement contribués à la mise en place de l’organisation le CV Moret et le CF Wietzel et le LV Burin des Roziers.

Fin Août Muselier recontacte D’Argenlieu pour l’informer qu’une mission intéressante va lui être confiée. L’ordre qui désignait d’Argenlieu comme aumônier des FNFL est annulé et remplacé par un ordre qui l’affecte à l’état-major des FNFL sous l’autorité directe du général de Gaulle. L’opération intéressante à laquelle fait allusion Muselier est l’opération Menace qui concerne le ralliement voulu de Dakar à la France Libre. C’est en septembre 1940 qu’eut lieu l’opération de Dakar ; alors qu’à cette période le Tchad, le Cameroun, le Congo s’étaient déjà ralliés à la France Libre, le Gabon était resté fidèle à Vichy. A l’initiative de Churchill une action sur le port de Dakar, dans le but de rallier le Gabon, fut planifiée, avec au final l’assentiment du Général de Gaulle mais avec des réserves de la part de Muselier qui craignait qu’en cas de résistance, des affrontements fratricides entre français aient lieu. De Gaulle écarta Muselier de l’opération qui pourtant était navale et lui demanda d’assurer son intérim en Angleterre pendant ce temps. Mais les ordres laissés par de Gaulle sont ambigus quant à la réalité des responsabilités. En effet si le commandement des forces militaires stationnées en Grande Bretagne est assuré par Muselier, le capitaine Dewavrin doit remplir les fonctions de chef d’état-major du général de Gaulle et le commandant Fontaine prend la direction générale des services civils. En fait les marges de manœuvres de l’Amiral Muselier sont faibles et ses responsabilités diluées dans cette organisation.

L’opération de Dakar sera un échec ; le 11 septembre des croiseurs français, dépendant de Vichy, quittent Toulon et passent le détroit de Gibraltar sans être inquiétés par les forces britanniques. Au final ce sont cinq croiseurs qui sont en mesure de renforcer la défense de Dakar et des Vichystes (de Gaulle et Churchill F Kersaudy p101). Churchill mis au courant envoie un télégramme aux chefs de l'expédition pour leur proposer d'annuler l'opération. Mais de Gaulle et les responsables britanniques insistent pour poursuivre l'opération. Les gaullistes envoient des parlementaires de la France Libre à Dakar et se voient refuser toute discussion avec menace d’arrestation immédiate s’ils débarquent. D’Argenlieu en tant que parlementaire chargé de convaincre les vichystes de rejoindre la France Libre sera blessé lors des tirs des forces loyalistes. De Gaulle sera très affecté par cet échec et pensera un instant se retirer (on parle même de suicide) comme il le confiera à d’Argenlieu. (souvenirs de guerre p182). La propagande allemande et celle de Vichy exploiteront cet échec à fond d’autant plus que l’ordre de bombarder Dakar avait été donné et fera plus de 170 morts et 350 blessés, principalement civils .

La presse britannique ne sera pas tendre au vu du résultat de l'opération, le Daily Mirror écrira :

« Avec Dakar nous avons sans doute touché le fin fond de l’imbécillité » (de Gaulle et Churchill F Kersaudy p103).

 Le 23 octobre l’amiral Muselier est condamné à mort par le tribunal maritime de Toulon. Le même jour il reçoit un message du Général de Gaulle, se plaignant de son attitude et qui lui fait savoir que l'amiral ne lui donnait pas satisfaction. Le Général lui reprochait de tenir des propos critiques à son égard et de saper son autorité. Les relations entre les deux hommes n’allaient pas aller en s’arrangeant (l’amiral Muselier p 141).

Le 27 octobre de Gaulle publie un manifeste qui transforme le mouvement de la France Libre en un Conseil de Défense de l’Empire. Mi-novembre il revient en Angleterre.

Entre temps les premiers Chasseurs sont réarmés avec des équipages français auxquels viendront s'ajouter du personnel britannique. Sur les Chasseurs un sous-lieutenant RNVR, un radio et un signalman viendront compléter les équipages. Leur rôle sera d'assurer la coordination avec les autorités britanniques et d'éviter les problèmes liés aux différences dans les modes de fonctionnements des deux marines, par exemple la signalisation. D'abord le Chasseur 41 commandé par Kolb-Bernard ainsi que les Chasseurs 43 et 42 seront mis en service.

Nous sommes fin 1940, et les marins de base eux sont, comme on peut l'imaginer, bien loin des embrouilles entre Muselier et de Gaulle.

 Le moral des équipages doit être maintenu car ils vont passer les fêtes loin de leurs familles. Une carte de vœux sera envoyée au personnel FNFL à l'occasion des fêtes de fin d'année 1940 :

carte de voeux 1940
Il faut penser au moral des troupes; les marins sont loin de leurs familles. Qui plus est l'hiver 40-41 est rigoureux et les sorties en mer éprouvantes.
carte de voeux 1940
L'Amirauté britannique ne sera pas en reste en joignant, aux voeux des FNFL, un mot pour ce Noël 1940.

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