Bombardement de Cowes

Raid sur Dieppe - 19 août 1942

Dieppe 2012 Le 18 août 1942, les commandants des Chasseurs furent avertis qu’une opération de débarquement aurait lieu le lendemain sur Dieppe, son nom de code était Jubilee . Les Chasseurs 11, 10, 41, 42, 43 armés par des équipages français seront de la partie. Leur mission sera de déposer des Royal Marine Commandos puis de supporter l’attaque grâce à leurs mitrailleuses, leurs fumigènes...
Ce n'était pas une invasion, l'opération n'était prévue de durer que quelques heures. Il s'agissait de détruire des infrastructures puis de repartir vers l'Angleterre. Mais rien ne se passera comme prévu.
Les commandants des Chasseurs avaient été avertis la veille de l'objet de la mission. Les équipages étaient en alerte depuis plusieurs jours.
Voici un extrait du livre de bord du Chasseur 42 (archives Vincennes), portant sur le 19 août 1942 :

Le 18 à 18h15 ils appareillent pour stopper en rade de Spithead (en face de Portsmouth)
à 21h25 Appareillage
22h00 passe le barrage
24h05 perdu de vue les autres Chasseurs ; poursuit seul la route indiquée
02h10 premier ennuis de machines ; obligé de s’arrêter
03h55 arrivée à l’entrée du champ de mines
04h28 Virons de bord par suite de troubles de machines continuels
04h50 Sorti du champ de mines ; le moteur bâbord marche par alternative
07h05 virons de bord pour retourner sur champ des opérations
08h20 postes de combat

20h05 bullock patch



Le Chasseur 42 aura, durant cette opération, des ennuis de moteur et restera donc en retrait.

Le Chasseur 10 sera le premier à déposer ses commandos ; pendant toute l'opération dans le port de Dieppe le Chasseur 10 sera sous les feux de l'ennemi. Les attaques de l'aviation allemande sont violentes, les canonniers Blanchard et Quesnéé abattront un Me 109. Ils quitteront le port à 12h27 sous un intense bombardement ennemi. (Pierre l’Hours). Ils tiendront le plus de temps possible sur place pour permettre d'éventuels réembarquements de soldats.
Henri Sclaminec sera blessé à cette occasion par des éclats d’obus. Le dernier éclat ressortira bien des années plus tard (en 1956 ou 1957) alors qu’il se trouvait à Alger. Il y sera opéré par un infirmier qui lui enlèvera ce « souvenir lointain » du maxillaire droit où l’éclat avait migré. Le soir même à Marvin's Yard un marin sera blessé mais suite à une chute dans la cale sèche du fait de l'obscurité.

L'ensemble des Chasseurs FNFL impliqués dans le raid reviendra sain et sauf. Le raid sur Dieppe s’était terminé sans trop de casse pour les Chasseurs comme l’indique le message suivant provenant du Cabinet Militaire (Archives de Vincennes) :

Message

Adressed : GROUPE DES CHASSEURS COWES
DE : F.N.F.L. LONDRES (Cab. Mil) No. 4689.
– j’ai éprouvé une vive satisfaction en apprenant que le Groupe des Chasseurs était rentré au complet et sans pertes après avoir participé au raid sur Dieppe. Je sais officieusement qu’il a rempli de façon digne d’éloges, la mission qui lui était confiée. Je vous en félicite ainsi que le personnel placé sous vos ordres.

Distribution : AM. EM1 EM3 Cab. Mil. ARCH.

Articles dans la presse française


La presse française (il s'agit le plus souvent de communiqués de l'état-major allemand) fera état du raid sur Dieppe dans les jours qui suivent. Ils n'auront guère à se forcer pour  insister sur l'échec de la mission car c'est bien d'une sévère défaite dont on parle :

"La Croix" 20 aout 1942 :

"Malgré l’importance des moyens mis en œuvre une tentative de débarquement britannique dans la région de Dieppe se termine par un échec total sur terre, sur mer et dans les airs les assaillants ont subi de lourdes pertes : 3 destroyers, 2 torpilleurs, 95 avions, 26 chars."
L’article indiquera que ce débarquement était probablement dû à l’ultimatum formulé le 22 juillet par Staline à Churchill exigeant de créer dans les 12 jours un second front à l’ouest. Selon un autre article le raid sur Dieppe aura provoqué parmi les civils 25 tués et 85 blessés. Puis 36 tués dans l’article suivant."

"Le Figaro" du 21 août 1942 :

"Une importante opération britannique dans la région de Dieppe aboutit à  un échec."
"95 de nos appareils ne sont pas rentrés" annonce Londres "... 21 pilotes sont saufs"

"Le Figaro" du 22-23 août 1942 :

Un communiqué allemand annonce côté allemand 400 blessés ou tués, la perte de 17 Chasseurs et un Chasseur de sous-marins.
Un communiqué allemand parle ironiquement de «cette action désespérée du stratège amateur Churchill »

La propagande allemande s'emparera du sujet mettant en avant à la fois l'échec de l'opération et le calme de la population.

"La Croix" 25 aout 1942 :

Paris. — La délégation du gouvernement français dans les territoires occupés communique :
Le général Von Stuelpnagel, commandant en chef des forces militaires allemande en France, a adressé le 22 août au soir à la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés, le message suivant :
« En considération de l'attitude et du calme remarquable de la population du département de la Seine-Inférieure, spécialement celle de la région de Dieppe, au moment de la tentative de débarquement anglais sur la côte française de la Manche le 19 août 1942 je mets à la disposition du préfet du département de la Seine-Inférieure la somme de dix millions de francs français qui devront être employés en premier lieu au remboursement des dommages de guerre et en second Iieu à titre de premiers secours aux victimes civiles des bombardements anglais. »
« Le commandant en chef des forces militaires en France.
Signé ; général von Stuelpnagel général d'infanterie »

"La Croix" le 27 aout 1942 :

"Le chancelier Hitler décide de libérer tous les prisonniers de la région de Dieppe
Cette mesure a été prise en témoignage de l’attitude disciplinée de la population lors de la tentative anglo-saxonne de débarquement"

"La Croix" 1 septembre 1942 :

Le journal "La Croix" publie le récit "officiel" de la bataille de Dieppe venant du quartier général du Fuhrer. Cet article insiste sur le fait que les alliés voulaient ouvrir un second front à l'ouest que les pertes ennemies ont été considérables. Il met en avant que le pillage avait été strictement interdit dans le camp des alliés :

"La raison qui en était donnée [par les soldats alliés faits prisonniers] était que les troupes d'occupation allemandes on su faire preuve d'un haut degré de correction individuelle d'après laquelle la population jugerait les troupes de débarquement"

et que l'attitude de la population avait été exemplaire :

 "L'attitude de la population française a été plus que correcte malgré les pertes qu'elle a subies. Elle a assisté les troupes allemandes dans leurs combats en leur rendant des services de toute nature. Elle  a éteint les incendies, soigné les blessés, pourvu les formations combattantes de vivres et de boissons."

Cérémonie du 24 octobre 1942 en présence du général de Gaulle


Peu après le Raid sur Dieppe, le 24 octobre 1942 le général de Gaulle viendra inspecter la base de Cowes. Il sera accompagné du Contre-Amiral Auboyneau commandant en chef des FNFL. Ce dernier remplaçait l’Amiral Muselier depuis mars 1942. C’est le Chasseur 10, du fait de son engagement pendant le raid, qui sera chargé d’aller chercher le général à Portsmouth et de le ramener à Cowes. Une prise d’arme aura lieu qui sera l’occasion de passer en revue les marins qui ont participé au raid sur Dieppe et de remettre au Lieutenant de Vaisseau Vibert, la croix de la Libération. Il en était titulaire depuis plus d’un an à la suite de faits de guerre sur le ‘Poulmic’ et la ‘Minerve’. (Sources : Archives Vincennes)

L’après-midi du 24 le général de Gaulle est ramené à Portsmouth par le Chasseur 10.

Dans le rapport mensuel du groupe des Chasseurs en date du 3 novembre 1942 il y est fait allusion :


1° Le Samedi 24 Ootobre, le général de Gaulle accompagné de l'Amiral Auboyneau est venu inspecter la base des Chasseurs à Cowes. Le Chasseur 10 ("Bayonne") a été mis aux ordres du Général et a arboré sa marque de Potsmouth à Cowes le matin et de Cowes à Portsmouth l'après-midi.
Ne disposant pas à Cowes d'un mess d'Officiers Français où le Général put être reçu (le mess de la Diligente étant trop petit) j'ai demandé l'usage d'une pièce appartenant aux Chantiers Marvin's pour un apérétif, auquel j'ai convié les Autorités Navales et Civiles de Cowes. Pour le lunch, j'ai transmis à l'E.M. l'invitation du Captain Hugues Hallet à déjeuner au Royal Yatch Squadron.
2° A l'occasion de cette inspection, une prise d'armes a eu lieu pour la remise de la Croix de la Libération au Lieutenant de Vaisseau Vibert , titulaire de cette décoration depuis plus d'un an à la suite de faits de guerre à bord du "Poulmic" et de la "Minerve".
signé : le Capitaine de Corvette Chambaudoin, Commandant le groupe des Chasseurs.
(SHD Vincennes/ FNFL)

Il s'agit ci-dessus du Captain J. Hugues-Hallet qui devait prendre le commandement de la Force J, créée après le raid sur Dieppe, dont le quartier général se tenait au Royal Yatch Squadron à Cowes sous le nom de HMS Vectis. Cette force J devait être dissoute en mai 43.

Peu de récompenses furent attribuées aux marins des FNFL. Alors que des médailles étaient allouées facilement aux forces restées fidèles à Vichy, il est reconnu par les historiens que les FNFL ne furent guère gâtés. Etait-ce parce l'antagonisme entre de Gaulle et Muselier avait laissé des traces ? Néanmoins Dieppe fut l'occasion d'une certaine reconnaissance. Certains Chasseurs furent cités ainsi que quelques marins. Un article dans le bulletin des FNFL de janvier 43 en fit état.

Départ du Gal de gaulle de Cowes le 24 octobre 1942
Extrait du 'Bulletin des Forces Navales Françaises Libres' de janvier 1943. Quelques erreurs de frappe sur les noms :  (lire Quesnee, Sclaminec, Nigel, Corboliou, le Menach)


Londres le 25 novembre 1942       COMMISSARIAT NATIONAL A LA MARINE
                    ETAT MAJOR DES FORCES NAVALES FRANCAISES LIBRES
                                                         Ier BUREAU

                                                N° I.055-F.N.F.L. I.


                EST CITE A L’ORDRE DES CHASSEURS ET DES VEDETTES RAPIDES
LE CHASSEUR BAYONNE (Chasseur 10)
Pendant le raid sur Dieppe le 19.8.1942, s’est toujours porté aux points les plus exposés, pour assurer au mieux l’exécution de sa mission, malgré le violent bombardement des batteries côtières et des avions.


Le Contre-Amiral Auboyneau Commandant en chef les Forces Navales Françaises Libres Signé (Auboyneau)

Destinataire :
Cdt Chasseur Bayonne (Chasseur 10)
Copies :
Cdt Chasseur 10
Cabinet Militaire
E.M.I.
Archives
(SHD Vincennes/FNFL Chasseur 10)

Le 9 février 45 une proposition de révision des citations du Chasseur 10 fut envoyée par le Lieutenant de Vaisseau Labour, Commandant par intérim la 1ère Division et la Base des Chasseurs, au Commandant Supérieur à Portsmouth.

Ci-dessous un extrait :

Le total des citations décernées à l'équipage du Chasseur 10 à la suite du raid sur Dieppe, y compris les citations décernées au personnel britannique de liaison est de 18 pour un effectif total de 30 homnes et dépasse donc la proportion de 20% prévue par l'instruction citée en référence. Il n'y a pas lieu à citations individuelles complémentaires.
D'autre part, j'ai l'honneur d'attirer votre attention sur le fait que l'équipage du Chasseur 10, sous le commandement de Monsieur l'Officier des Equipages de 2ème casse Ibarlucia a, au cours de cette opération fait preuve des plus belles qualités de courage, d'audace et de sang froid unanimement reconnues par tous les témoins français et britanniques encore présents à la base des Chasseurs ; ce bâtiment est le seul à s'être approché presque à toucher les jetées de Dieppe sous un violent feu ennemi. (SHD Vincennes / FNFL Chasseur 10)

Liens divers :

Un lien pointant sur le récit du Capitaine de Corvette Chanliau, à l'époque Commandant du Chasseur 41, qui participa au raid.
Lien vers le témoignage du CC Chanliau


Une analyse du raid sur Dieppe :
70 ans après, le raid de Dieppe revisité

Un lien vers un site de la BBC à propos du raid sur Dieppe :
The Dieppe Raid

Un lien vers une interview de Pierre l'Hours portant sur la période du conflit incluant le raid sur Dieppe (Imperial War Museum):
Pierre L'Hours 

Idem, mais concernant Marcel Ollivier (Surcouf, Chasseur 13 puis 41) (IWM):
Marcel Ollivier 

Un lien vers l'Imperial War Museum (si les liens vers les interviews ne fonctionnent pas tapez dans le champ "Search" le nom des personnes pour arriver sur les enregistrements ):
Imperial War Museum 



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