Raid sur Dieppe

Descente en AEF

afrique descente La France Libre ou plutôt la France Combattante est présente en Afrique-Equatoriale, ces territoires s’étant ralliés à la France Libre dès 1940. C’est dans ce cadre que deux Chasseurs de sous-marins vont rejoindre Pointe-Noire.

Ce sont les Chasseurs 42 et 43 qui seront choisis et préparés car ils possèdent une coque en bois et non une coque métallique.  En effet une coque métallique rendrait insupportables les niveaux de chaleur auxquels serait soumis l’équipage, ce serait vite une fournaise à l'intérieur. Il fut prévu pendant la préparation des Chasseurs 42 et 43 que ceux-ci descendraient en remorque d'un navire du convoi. Ce choix permettait de limiter le coût de l'opération.

En cette fin d’année 1942 les sous-marins allemands font encore la loi dans l’Atlantique. Il faut se rappeler qu’en 1942, 7 MT seront coulés par les sous-marins allemands. Ce type de voyage n’est donc pas sans risques. De plus lors de tests préparatoires il avait été constaté qu’un des moteurs du Chasseur 42 présentait 3 fêlures au niveau du cylindre 2 et qu’une soudure s’avérait techniquement impossible. Il serait nécessaire de monter une bride de frettage pour pallier au moins provisoirement au défaut. Comme le Chasseur 42 devait en principe descendre en remorque cela ne devait pas poser trop de problèmes.
Le départ eut lieu le 14 septembre 1942. Dès le début des problèmes survinrent. Il était prévu que les Chasseurs descendent en remorque d'un autre navire, mais les câbles de remorque cassent. La décision est prise de partir en utilisant les moteurs. Il fut donc nécessaire de faire une étape au cap Spartel pour ravitailler en carburant les Chasseurs.

Tout au long du trajet les navires devaient quitter le convoi pour se rendre à leur destination. Les étapes de la descente en AEF seront les suivantes :

  • départ d'Angleterre le 14 septembre 1942
  • 22 Septembre Cap Spartel (le Cap Spartel se situe au Maroc au sud de l’entrée du détroit de Gibraltar)
  • du 8 Octobre au 17 Octobre : Bathurst (actuel Banjul en Gambie qui est un pays enclavé dans le Sénégal )
  • 22 Octobre Freetown en Sierra Leone
  • 24 Octobre le chalutier Fandange quitte le convoi
  • 25 Octobre le Nebraska quitte le convoi
  • 26 Octobre Le Glennifer quitte le convoi
  • 28 Octobre : Takoradi ville du Ghana
  • Le 30 Octobre à 6h27 le Chasseur 42 voit passer une torpille à l’avant puis le soir même à 22h15 il semble à la vigie voir un kiosque de sous-marin.
  • Le 1er novembre à 20h04 une nouvelle attaque a lieu.

Le Georges Thatcher qui faisait partie du convoi fut touché par 2 torpilles mais il ne coula pas immédiatement. Ceci permis de récupérer les naufragés. Le Chasseur 42 recueillit 29 rescapés qu’il déposa à Pointe Noire le 3 Novembre. Le Chasseur 43 récupéra les autres.
18 personnes dont le commandant périrent lors de ce naufrage. Le cargo se maintiendra à flot quelques heures pour sombrer le 3 Novembre.

Le Georges Thatcher était un cargo américain récent puisque lancé le 23 juin 1942. Il avait appareillé de Charleston le 13 septembre. Il effectuait à cette occasion son voyage inaugural lorsqu’il fut touché par les torpilles. Il était sous le commandement du Master Henry Olin Billings qui périra lors du naufrage. Plus tard l’on apprendra que c’est l’U-126, sous le commandement du Kapitänleutnant Ernst Bauer (né le 3 fév. 1914), qui venait de passer à l’attaque. C’était un sous-marin de type IXC qui était parti de Lorient le 19 septembre 1942, était descendu jusqu’à Soyo en Angola pour remonter vers le nord en longeant la côte africaine. En passant aux environs de Pointe Noire il va croiser le convoi du Georges Thatcher. Puis il coulera les jours suivants l’Oued Grou et le New Toronto. Sa patrouille l’amènera ensuite au large de l’Amérique du Sud avant de se terminer à Lorient le 7 janvier 1943. Soit 111 jours de mer. (voir uboat.net).

L’U-126 avait failli se faire surprendre en Novembre 1941 par les navires britanniques. C’est en décryptant des messages allemands codés par la machine Enigma que les britanniques avaient su qu’il y aurait un ravitaillement à 350 miles au nord-ouest des Îles Ascensions. Là l’U-126 devait retrouver l’Atlantis pour se faire ravitailler et continuer ensuite ses missions. L’Atlantis fut coulé par les britanniques. L’U-126 arrivant sur les lieux prit en remorque les canots de sauvetage avec les survivants (305 personnes). C’est le Python, un autre navire ravitailleur allemand qui au final récupéra l’équipage. Par la suite, un deuxième message, concernant également une position de ravitaillement, celle du Python qui venait de récupérer l’équipage de l’Atlantis, fut lui aussi intercepté et décodé. Le rendez-vous était fixé à 750 miles au sud de l’île de Saint Hélène. Le Python se voyant attaqué se saborda après que l’équipage eut gagné les canots de sauvetage. Pour certains c’était la deuxième fois en peu de temps qu’ils subissaient une attaque et devaient abandonner le navire. C’est après la perte de ce navire que l’Amiral Donitz décida qu’il n’était plus possible de ravitailler les sous-marins dans l’Atlantique. L’U-126 connaîtra un sort identique à ses nombreuses victimes un peu plus tard, le 3 Juillet 1943, il sera coulé par un British Wellington Aircraft au cap Ortegal en Espagne.
Le radar d’un Wellington repèra l’U-126 au large de cap Ortegal, à 2h27 du matin . Le sous-marin rentrait à Lorient d’une longue patrouille. Arrivé à ¾ de miles du sous-marin l’avion alluma son projecteur Leigh et lança ses charges. Après quelques explosions le sous-marin ne réapparut plus. Lors du naufrage c’est l’Oblt. Siegfried Kietz qui commandait le sous-marin et non plus Ernst Bauer qui avait quitté son commandement le 28 février 1943 après 5 patrouilles.

L’équipage au complet sombra avec le bâtiment, il n’y aura pas de survivants. Il était ce jour là en compagnie de l’U-154 qui rapportera les faits. Le commandant de l’U-154 était Oskar-Heinz Kusch qui a eu un destin particulier pour un sous-marinier, en effet il sera fusillé en Allemagne le 12 mai 1944. Il avait été dénoncé comme ayant une attitude défaitiste par un de ses officiers, nazi convaincu, le Dr Ulrich Abel. Le fait que Kusch ait  écrit un rapport peu élogieux sur lui et concernant sa capacité à prendre ou non  le commandement d’un sous-marin ne fut sans doute pas étranger à la dénonciation dont il fit l'objet. (ubootwaffe.net). L’ironie de l’histoire est qu’Abel obtiendra finalement un commandement, celui de l’U-193 mais qu'il sombrera dès les premiers jours de sa première patrouille vers le 23 avril 1944. Pour l’anecdote on peut noter que l’U-154 de son côté sera coulé également un 3 juillet … en 1944. (Livre concernant Kusch : Execution for Duty: The Life, Trial And Murder of a U-Boat Captain par Peter C Hansen). C’est alors le chant du cygne pour les sous-marins allemands. Les moyens mis au point par les alliés sont maintenant très efficaces avec les radars centimétriques, les avions à long rayon d’action, l’ASDIC etc… Dès mai 1943 les sous-marins allemands de chasseurs deviendront proie. Bientôt l’ordre sera donné aux sous-marins, par l’Amiral Donïtz, de quitter l’Atlantique.

Le rôle des Chasseurs, une fois arrivés à Pointe Noire, fut très similaire à ce que l’on faisait à Cowes, cela consistait en des patrouilles pour surveiller la côte africaine. Ces patrouilles allaient se poursuivre jusqu’en août 43.
Au large de Libreville on pouvait voir l'épave du Bougainville qui s'était échouée sur un haut-fond. C'était le témoin d'un affrontement fratricide entre les Forces de Vichy et celles de la France Libre.

AOF épave du Bougainville
 Le 9 novembre 1940 le Bougainville, aviso colonial resté fidèle au régime de Vichy, fut coulé par le Savorgnan de Brazza qui était également un aviso colonial mais qui lui appartenait aux FNFL. Cette opération eut lieu pendant la campagne du Gabon qui, sous le commandement du Capitaine de frégate Thierry d'Argenlieu, avait pour but de rallier à la France Libre le Gabon, dernière enclave "vichyste" en AEF. Le 12 novembre les forces de Vichy capitulent.

Le passage de l'Équateur

Le 1er passage de l'Équateur fait dans la Marine l'objet d'un rite auquel se soumet le marin "néophyte". Le fait que l'on soit en guerre ne change rien à l'affaire comme en témoigne ce document en date du 20 mars 1943. Les marins qui passaient pour la première fois l'Équateur furent baptisés selon le cérémonial en vigueur. Un certificat était remis au "néophyte", signé par le commandant du navire, ici Joseph Parc commandant du Chasseur 42. Il fallait conserver le certificat pour prouver que l'on avait déjà été "baptisé" et ne pas avoir à repasser "l'épreuve". On peut estimer que pratiquement tout l'équipage était concerné !

mars 1943, passage de l'Équateur

Récit Henri Sclaminec :

1943 télégramme de la Croix Rouge Je n'avais donné aucun signe de vie à ma famille en Bretagne depuis le début de la guerre et donc celle-ci me croyait disparu. En juillet 1943 je fis parvenir à ma famille pour la première fois de mes nouvelles via un télégramme de la Croix Rouge. La réponse me revint au dos du télégramme quelques mois plus tard, en novembre de la même année: la famille allait bien ! On peut facilement imaginer la joie de ma mère en recevant ce télégramme !

1943 en AEF
1943, en AEF


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