Le document ci-dessous m'a été fourni par Léon Simon de l'Ile de Wight
voir aussi le site où l'on peut de plus voir les noms des marins qui ont péri à cette occasion. Hommage à E. Walton

Récit du naufrage du Chasseur 8 par l'officier de liaison britannique Edward Walton.

Sinking of French Chasseur 8, narrative of British Liaison Officer

Le RNVR Edward Walton (photo Michael Walton - colorisée)

J’espère que vous m’excuserez si je fais un compte-rendu informel de la perte du chasseur 8, je suis alité et n’ai pas d’installation pour faire un rapport en bonne et due forme.

A peu près à 19:04 le 13 juillet furent repérés, sur le travers babord, 2 chasseurs monomoteurs à environ 3 miles et venant directement sur nous. Des ordres furent donnés aux hommes en veille sur le pont de se tenir près de leurs armes. Les avions n’étaient pas reconnus comme hostiles et l’on ne sonna pas le branle-bas de combat.

A environ 1000 yards (900 mètres), les avions qui s’étaient approchés à 200 pieds (60 mètres) prirent soudainement de l’altitude pour créer l’impression qu’ils étaient amicaux, qu’ils nous avaient juste vus et qu’ils s’en allaient. La visibilité n’était que de 5 miles (9 kilomètres). Ils replongèrent immédiatement tout droit vers nous. Le commandant donna l’ordre d’ouvrir le feu. Nous ouvrîmes le feu et presqu’au même moment les avions ouvrirent le feu avec leurs mitrailleuses.

Je pouvais entendre les balles frapper le navire et je vis des balles traçantes toucher le pont de la timonerie. Le commandant et moi nous tenions sur la passerelle. Le premier maître Guillemet , je crois, prit en charge ou se tint à proximité de la mitrailleuse. Il était de veille mais transféra la responsabilité du navire au Commandant dès le feu ouvert. Le feu était si intense que je me rappele seulement que je regardais le Commandant au cas où il aurait eu besoin d’aide, pensant que les avions visaient haut, probablement la timonerie. Après une seconde ou deux il y eu une explosion à l’arrière. J’ai clairement vu l’explosion, les flammes faisaient 16 pieds de haut (près de 5 mètres) et je crois que la bombe qui causa les explosions tomba dans le mess des Quartier-Maîtres. L'explosion n'a pas réduit en miettes le navire et je n'ai pas senti non plus de choc en timonerie. Cependant, immédiatement après l'explosion, le navire se coupa en deux juste à l'avant de la cheminée. En moins de 5 secondes, j'avais de l'eau jusqu'à la taille et on me tira par ma ceinture de sauvetage sur le pont. La proue se souleva et j'échappais de justesse à la masse de la passerelle qui me tombait dessus. Je passai par-dessus bord côté tribord et le Commandant à bâbord d'où il rejoignit le dinghy qui flottait là. Le navire coula presque avant que je me sois dégagé, c'est à dire 5 secondes avant l'explosion. Il était évident que personne dans le poste d’équipage n'avait pu s'échapper. En fait, je pense que personne en dessous des ponts ne pouvait s'être échappé. Ensuite, les avions sont revenus immédiatement, très bas et à une vitesse lente. A ma surprise, ils n'ont pas mitraillé les survivants mais nous ont survolés puis ont pris la direction du sud, sans avoir apparemment été endommagés par nos tirs.

La mer était agitée. Les vagues avaient une hauteur de 5 à 6 pieds (entre 1,5m et 2m) avec de temps en temps des vagues qui déferlaient. Je pouvais voir environ 8 personnes à 50 mètres de moi dans l'eau, quelques-unes visiblement blessées et qui criaient. Je n'ai reconnu personne car tous étaient recouverts d'huile, pourtant j'ai cru voir le télégraphiste anglais Ryan. J'avais trouvé une épave provenant du navire et pensant que cela pourrait aider un blessé, je nageai avec. Le courant était trop fort pour nager mais à la fin, je vis le Commandant dans le dinghy qui coulait (l'embarcation avait été gravement endommagée) et je réussis à aller vers lui et à le prendre sur mon morceau d’épave. Il avait passé un sale quart d'heure et apparemment, il avait passé un bout de temps dans l'eau. Les autres hommes avaient entre temps dérivé et ne furent plus revus.

Le Commandant et moi restèrent sur le morceau d’épave qui nous maintenait le haut du corps, mais qui pouvait facilement se retourner. Le matin nous entendîmes le bruit d'un moteur, que nous pensions être celui d'un bateau. J’envoyai un SOS et autres signaux avec mon sifflet et nous criâmes. Rien ne se passa. Vers 8 heures, le Commandant fut pris de délire et perdit conscience à peu près une heure après. En posant mon bras autour de lui, ce fut assez facile de le maintenir à flot. La visibilité était mauvaise et on ne pouvait voir aucune terre. Il n'y avait ni bateaux ni avions. J'essayais en vain de redonner vie a Commandant et je ne savais pas s'il était mort ou seulement inconscient. Vers 11.00 une vague nous submergea et il coula. J'ai essayé de le retrouver mais je n'ai pas pu car il a coulé si rapidement. Il avait une ceinture et moi, une combinaison de survie qui m' empêchait de plonger. Après plusieurs tentatives pour attirer les avions, je fus recueilli par un MGB à 14.00. J'étais à 6 miles du naufrage du navire.

La vitesse du navire au moment de l'attaque était de 10 noeuds. Le navire n'a pas dévié de son cap pendant l'attaque. Aucun signal MAYDAY n'a été lancé car le temps de s'apercevoir que l'avion était hostile, le temps a manqué.

Je m'excuse du caractère personnel de ce rapport mais les choses sont arrivées si rapidement que je n'ai pu avoir qu'un sentiment personnel de ce qui est arrivé. Lieutenant Walton, RNVR(réserviste de la Royal Navy et engagé volontaire) Du quartier des malades de la Royal Navy.

voir aussi à la date du 13 juillet 42 : britanniques du Chasseur 8 Rennes

voir aussi le site où l'on peut de plus voir les noms des marins qui ont péri à cette occasion.

Perte du Chasseur 5 le 21 décembre 1943

Les membres britanniques du Chasseur 5 étaient : Alan B. Cave Signalman, Sydney H. Goodall telegraphist, Fraser J. Haslam Ty/Sub Lieutenant RNVR

Lien vers les membres britanniques du Chasseur 5 Carentan